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Entretien avec Stéphane Laborde, inventeur de la monnaie libre

« Le développement de la monnaie libre Ğ1 témoigne d’un intérêt certain d’êtres humains ayant compris la dangerosité d’utilisation des monnaies non-libres (à création asymétrique dans l’espace et/ou dans le temps), et la volonté de tester effectivement et en pratique, immédiatement et sans attendre, la souveraineté individuelle et collective qui consiste à choisir une unité de mesure économique symétrique dans l’espace-temps. Selon la Théorie Relative de la Monnaie, il faudra au minimum 1 à 3 générations humaines complètes pour en faire un premier bilan, soit entre 80 et 240 ans. 5 ans c’est donc le tout début, l’initialisation, et nous sommes encore loin d’avoir expérimenté une monnaie libre pleine (10 années de Dividendes Universels créés en moyenne par utilisateur).

Le grand projet à court terme, c’est la migration du cœur de la monnaie libre Duniter/Ğ1 actuellement écrit en NodeJS vers une version écrite en RUST/Substrate, qui devrait lui donner une robustesse tant au niveau du code que de la maintenance et des performances, à un niveau tout à fait considérable. »

Dans un contexte international de crise, comment la monnaie libre peut-elle participer à relocaliser les économies ?

« Le contexte international n’est pas plus en crise en 2022 qu’il ne l’était en 2008, en 2000, ou avant. Le contexte international est le reflet de l’utilisation généralisée de monnaies dettes. Telles causes ayant tels effets, on n’élimine les effets qu’en agissant sur les causes. Il ne sert donc à rien d’agir sur une mauvaise récolte, mais de préparer les futures récoltes, en sachant quelles graines on veut planter, pour récolter quels fruits, en choisissant très précisément et très méticuleusement les meilleures graines, tout en accompagnant leur croissance de soins et d’attentions pendant tout le temps du processus de la maturation jusqu’à la période où les fruits seront mûrs pour être récoltés. »

Tu participes au groupe Monnaie Libre LSF, d’où te vient cet intérêt pour la « culture sourde » ?

« Je n’y participe pas activement, mais j’y suis sensible. Je trouve que les sourds et malentendants font preuve de beaucoup d’intérêt et d’énergie pour la compréhension et le développement de la monnaie libre. C’est plutôt donc à eux qu’il faut s’adresser pour leur demander d’où leur vient cette attention particulière. »

Un message à adresser aux junistes de la Réunion ?

« Concernant la Réunion, je crois que c’est une expérience vraiment très intéressante de pouvoir tester la monnaie libre sur une île, territoire délimité, où peut-être on pourra observer le développement d’une économie nouvelle, libérée de l’asymétrie des dettes, à une échelle circonscrite où, peut-être, quelque chose va émerger de totalement nouveau. Sur mon site www.creationmonetaire.info j’ai produit un post il y a quelques années, où je rappelais que c’était un réunionnais Edmond Albius, esclave, qui avait mis au point le procédé d’extraction de la vanille, invention géniale qui ne lui a pas profité à la hauteur de son mérite certainement, vu son statut, et que d’autres avaient d’ailleurs essayé de lui en voler la paternité. Qui plus est l’île est liée au célèbre navigateur La Bourdonnais, dont le petit fils, Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais est un célèbre joueur d’échecs français, considéré un temps comme le meilleur joueur du Monde après sa victoire en 1834 contre l’anglais McDonnell. C’est donc une île qui me fait des appels du pied depuis longtemps et j’espère pouvoir m’y rendre un jour, et qui sait, je pourrai peut-être y échanger alors en monnaie libre ! »

Propos recueillis le 20 mars 2022 par Sébastian A.
Tous nos remerciements à Stéphane Laborde pour sa disponibilité.

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