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Babeth Mangas : « Aller dans le sens de l’autonomie et de la responsabilité »

Comment as-tu découvert la monnaie libre et qu’est ce qui t’a poussé à t’y engager ainsi ?

« J’ai découvert la June au festival « Terre de Convergence » dans les Cévennes lors de l’été 2019, juste avant notre arrivée à la Réunion. Comme je travaille depuis de nombreuses années sur les alternatives, j’ai été enchantée de découvrir cette monnaie, qui avait une portée bien plus vaste que toutes celles que j’avais expérimenté auparavant. Déjà, je n’avais pas besoin d’euro pour avoir de la June et il ne s’agissait pas d’une monnaie locale, ce qui me permettait de l’utiliser partout où je passerai. De plus, le fonctionnement était basé sur un calcul mathématique vérifiable, une comptabilité en toute transparence associée à une philosophie dont l’éthique me correspond totalement, l’équité spatio-temporelle, qui projette son utilisation au-delà des frontières et des générations. Je suis une personne investie pour le changement de paradigme et là, l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir. J’en suis toujours autant satisfaite aujourd’hui. »

Toi et ta petite famille nomade avez joué un rôle important dans le développement de la june à la Réunion, aujourd’hui vous êtes repartis en métropole, quel bilan faites-vous de ces 2/3 années au niveau de la monnaie libre ?

« Cela a été pour nous une belle opportunité de rencontrer des gens en recherche d’alternatives, comme nous. Nous sommes plus que satisfaits du nombre d’utilisateurs que notre diffusion a généré, et ravis que le processus se poursuive et se solidifie. Évidemment, nous en sommes encore à la phase expérimentale, je ne manquerai donc pas de suivre les évolutions de la June version 974, aussi bien pour l’analyse sur le long terme que pour le côté purement amical que nous avons particulièrement apprécié. J’ai très peu de recul, car notre retour en métropole est récent, mais je ne manquerai pas de refaire un point bientôt pour comparer le développement avec ce qui se passe dans la région du Gard où je me trouve actuellement. »

Peux-tu me citer les trucs les plus fous que tu as vécus ici ?

« Grâce à la June, j’ai non seulement pu participer à des rencontres inoubliables qui ont créé des liens très forts, mais j’ai aussi bénéficié de massages absolument divins, j’ai pu offrir des vacances à mes enfants et petits enfants, j’ai acheté une baignoire d’angle jacuzzi alors que je vivais en camion, avec Frantz mon compagnon et Léna notre fille, nous avons pu faire une balade en bateau au cours de laquelle j’ai eu la chance de nager avec des dauphins … »

Vous avez organisé un séjour pour votre famille. Qu’avez-vous pu faire en monnaie libre ? Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

« Les enfants ont été comblés par leur aventure Réunionnaise mais également par la formule monnaie libriste, car je n’aurais pas pu me permettre de les faire profiter autant dans le contexte de l’euro. Vivant déjà à trois dans un petit fourgon, nous n’avions pas la possibilité de loger quatre personnes. Nous avons pu louer divers hébergements sur différentes zones de l’île, des repas créoles accompagnés de maloya, de la rando et autres visites touristiques, du matériel de plage, une journée brunch au bord de la piscine dans une superbe villa, une soirée orientale avec couscous et ambiance, des vols en parapente, les portraits de la famille par une talentueuse artiste locale… Seul manque qui aurait pu rendre le séjour galère, nous n’avons pas trouvé de véhicule à louer en junes, mais nous nous sommes arrangé avec un ami, qui a été au top et qui nous a accompagné pendant tout le périple. »

Quelles sont les pistes que tu vois pour le développement de la june à la Réunion ?

« Permettre d’aller dans le sens de « l’autonomie et la responsabilité » est un crédo que je porte avec passion et il y a encore grand à faire avant d’aboutir. Le fait de cibler les besoins des utilisateurs et de tenter de les combler avec la monnaie libre est une belle optique. Je vois bien entendu l’alimentation, l’éducation et l’habitat mais également la santé, l’art et la culture (5 des pôles d’activité du projet R.E.V.E.S. que j’ai initié et que je porte depuis 15 ans). Je vois aussi une diffusion progressive sur les îles voisines, la Réunion comme un socle central de promotion et de formation de la monnaie libre au cœur de l’Océan Indien. Des supports de communication plus proches de la culture créole ainsi qu’un annuaire ML974 faisaient partie des objectifs que je m’étais fixé, mais je n’ai pas eu le temps de les concrétiser. Le relais est en place avec toutes les belles énergies qui s’engagent dans cette démarche et je souhaite plein de réussite à la June réunionnaise. »

Est-ce qu’on a des chances de vous recroiser prochainement à la Réunion ?

« Nous avions projeté d’expérimenter la vie sur l’Île durant 2/3 ans et nous avons relevé le défi. Nous avons été très contents de cette aventure mais le monde est vaste et il y a encore tellement d’endroits à visiter. Nous ne savons pas si nous aurons l’occasion de revenir mais rien ne dit non plus que ça ne sera pas le cas, je ne me projette pas encore sur notre prochaine destination. Nous aimerions à présent trouver notre refuge, un bout de terre où planter nos racines et nous avons décidé pour cela de nous rapprocher de notre famille qui vit en métropole. Une fois que notre petit nid douillet sera opérationnel et que nous aurons un lieu où accueillir nos vieux jours, nous pourrons à nouveau nous imaginer en route pour de nouveaux voyages. Et qui sait, peut être passerons-nous par la Réunion. »

Propos recueillis le 30 mars 2022 par Sébastian A.

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